Nom de scène : Hoshi (星), “étoile” en japonais — un clin d’œil aux animés qui ont bercé son enfance.
Révélation : Victoire de la Musique “Révélation scène” en 2019. Hit fondateur : Ta marinière (2018), chanson d’amour adressée à une femme devenue hymne d’une génération.
L’étoile qui a fait dérailler la pop française
Il y a des artistes qui s’invitent dans le paysage musical sur la pointe des pieds. Et puis il y a Hoshi — qui débarque en marinière, Doc Martens aux pieds, voix éraillée comme si elle avait fumé trois paquets de Gauloises avant le petit-déjeuner, et qui balance un tube générationnel en plein milieu du salon. Bienvenue dans le phénomène pop culturel le plus inattendu de la fin des années 2010.
Une “étoile” venue de Versailles (et c’est déjà drôle)
Hoshi, de son vrai nom Mathilde Gerner, a grandi à Versailles. Oui, Versailles. La ville des perruques poudrées, des fontaines à la française et des touristes en bermuda qui photographient la chambre du roi. De cet écrin très très classique sort une gamine tatouée, écorchée vive, qui choisit comme nom de scène un mot japonais signifiant “étoile”. Pourquoi le japonais ? Parce qu’elle est fan d’animés depuis toute petite. Voilà comment, en 2018, une otaku versaillaise devient la voix d’une génération française.
“Ta marinière” : le tube qui a déshabillé la France
Quand “Ta marinière” sort en 2018, personne ne l’avait vue venir. Un texte d’amour adressé à une fille et soudain les ados de tout le pays chantent dans leur chambre une histoire qu’ils n’avaient jamais entendue à la radio. La marinière, ce vêtement-cliché de la France touristique, devient en une chanson le symbole d’un coming out poétique.
Le morceau s’installe sur TikTok bien avant que TikTok ne devienne le baromètre officiel des hits. Sur Instagram, les filles se filment en marinière. Le rayon Petit Bateau connaît probablement le meilleur trimestre de son histoire. Bref, la pop culture absorbe Hoshi avant même que l’industrie ait compris ce qui se passait.
La voix : un accident industriel devenu signature
La voix rauque et cassée de Hoshi, ce timbre rocailleux qui fait sa marque de fabrique ? Ce n’est pas un travail de coach vocal. C’est sa voix, point. Et c’est justement cette singularité qui détonne dans un paysage pop hyper-lissé, à l’ère des filtres Auto-Tune et des voix calibrées au millimètre. Pendant que les algorithmes de Spotify recommandent des voix interchangeables, Hoshi débarque avec un grain de gravier dans la gorge — et cartonne. Plus tard, elle sera fragilisée par de réels problèmes aux cordes vocales, allant jusqu’à devoir annuler des dates. Une icône de l’imperfection assumée dans un monde de la perfection synthétique : c’est exactement le contre-pied dont la pop culture avait besoin.
Au Zénith d’Orléans. Photo d’archives © MARQUET Frédéric
L’icône queer malgré elle.
Hoshi n’a jamais voulu devenir un porte-drapeau. Elle l’est devenue. Dans une France qui digère encore mollement le mariage pour tous, elle incarne sans posture une jeunesse qui aime qui elle veut et le dit sans rougir. Sa chanson “Amour censure” en 2020 sonne comme une réponse aux insultes homophobes qu’elle a essuyées en public — y compris, fait notable, lorsqu’elle a embrassé une danseuse aux Victoires de la Musique. Le baiser a fait scandale chez certains, déclenché une vague de soutien chez beaucoup d’autres, et propulsé Hoshi dans le rôle qu’elle n’avait pas demandé : celui de figure pop d’une France plus ouverte.
Hoshi sur scène.
Elle pleure pour de vrai. Elle parle de sa dépression, de ses doutes, de ses thérapies. Là encore, elle entre en collision frontale avec les codes de la pop star traditionnelle. Elle ressemble plus à une copine de lycée qu’à une diva — et c’est précisément pour ça que ses fans se reconnaissent dans le miroir qu’elle leur tend.
Pourquoi Hoshi compte ?
Si on prend du recul, Hoshi incarne une mutation majeure de la pop française : celle où l’artiste cesse d’être un produit calibré et redevient un humain en vrac, avec ses failles, son vécu, son orientation, ses tatouages et ses larmes. Une mutation qui rapproche la chanson française d’une logique très anglo-saxonne.
Hoshi, c’est l’étoile qui refuse de briller comme on lui demande. Et c’est probablement pour ça qu’elle continue à briller.
