Si l’annonce du projet d’un parc Dragon Ball a fait beaucoup de bruit, un bémol de taille est apparu quelques jours plus tard. Selon des informations du Monde, relayées par Journal du Geek, Emmanuel Macron et Valérie Pécresse auraient communiqué un peu trop vite sur ce dossier. Le protocole d’accord signé le 24 août ne porte en réalité que sur l’étude du développement d’une nouvelle destination de loisirs en France. Il ne s’agit pas d’un feu vert des ayants droit japonais de Dragon Ball. Autrement dit, l’accord de licence avec les détenteurs de la franchise (Toei Animation, Bird Studio et Shueisha) n’aurait pas encore été formellement obtenu par Qiddiya Investment Company, le fonds saoudien porteur du projet. Le parc, encore au stade des études de faisabilité, n’est donc pas garanti à ce jour, malgré l’enthousiasme affiché côté français.
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Un parc Dragon Ball pourrait bientôt voir le jour à deux pas de Paris. Six milliards d’euros, 22 000 emplois annoncés, trois parcs à thème sur les cendres de l’ancien Mirapolis : le projet porté par un fonds saoudien vient d’être officialisé par l’Élysée. Entre excitation des fans et polémique politique, voici ce que l’on sait vraiment du dossier.
Le nom claque comme un Kaméhaméha : un parc d’attractions Dragon Ball pourrait bel et bien voir le jour en région parisienne. Ce lundi 24 août 2026, la France et l’Arabie saoudite ont signé un protocole d’accord portant sur la création de trois parcs à thème près de Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise, dont l’un consacré à l’univers créé par Akira Toriyama.
Le montage financier est piloté par Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien PIF (Public Investment Fund) dédiée au divertissement, au sport et à la culture. La même entité qui construit déjà, près de Riyad, le tout premier parc Dragon Ball au monde. Le site pressenti pour la version française n’est autre que celui de l’ex-Mirapolis, une friche de 55 hectares à Courdimanche, abandonnée depuis la fermeture du parc en 1991.
De la naissance à la signature
Le fantôme de Mirapolis
Impossible de raconter ce projet sans évoquer son décor. Ouvert en grande pompe en 1987, Mirapolis se voulait la réponse française aux géants américains du divertissement, dominé par la statue de Gargantua, un colosse de 35 mètres de haut inspiré de Rabelais. L’aventure a tourné court : dès sa première année, le parc n’a attiré que 800 000 visiteurs contre 2 millions espérés, avant de fermer en 1991 après cinq saisons déficitaires. Gargantua a été dynamité en 1995 et le site est resté en friche depuis, envahi par la végétation.
Trente-cinq ans plus tard, c’est peut-être un Shenron géant qui pourrait remplacer le colosse rabelaisien à l’entrée du site.
Ce que serait le parc
Aucun détail n’a encore filtré sur le contenu précis de l’attraction francilienne. Mais on peut se faire une idée en regardant le grand frère saoudien, actuellement en chantier à Qiddiya City : plus de 500 000 m² répartis en sept zones reconstituant des lieux cultes de la série,la Kame House, la Capsule Corporation, la planète de Beerus. Plus de trente attractions dont cinq manèges majeurs, et un Shenron de 70 mètres de haut abritant des montagnes russes. Selon la presse spécialisée, la version française serait « de dimension plus modeste ».
Le dossier divise autant qu’il fascine.
Les arguments POUR
- Un choc économique régional. 6 Md€ investis et jusqu’à 22 000 emplois annoncés — un projet que Valérie Pécresse compare à « l’ampleur de Disney ».
- Une friche enfin réhabilitée. 55 hectares laissés à l’abandon depuis 35 ans retrouveraient une utilité.
- Un vide géographique comblé. Disneyland Paris est à l’est, le Parc Astérix au nord : il n’y avait « rien » à l’ouest, selon un expert interrogé par franceinfo.
- Une nostalgie multigénérationnelle. Dragon Ball a marqué les enfants du Club Dorothée dans les années 90 ; ce sont aujourd’hui des parents qui pourraient y emmener leurs propres enfants.
- Une exclusivité mondiale. Ce serait seulement le deuxième parc au monde entièrement dédié à la licence, un atout touristique face à la concurrence britannique ou espagnole.
Les arguments CONTRE
- Le financement saoudien interroge. Le fonds PIF, à la manœuvre, ravive le débat sur le soft power du royaume et ses droits humains.
- Des riverains tenus à l’écart. Négocié entre l’Élysée et Riyad, l’accord laisse peu de place, selon l’opposition régionale, « à la marge des riverains et des élus locaux ».
- Un opérateur étranger privilégié. Le président du Puy du Fou dénonce le choix d’un investisseur saoudien plutôt qu’un industriel français.
- Le souvenir cuisant de Mirapolis. Un élu communiste rappelle le besoin d’une « amélioration sensible de la desserte du site », pointée comme la cause de l’échec initial.
- Une licence unique, un pari risqué. Même des franchises plus universelles comme Harry Potter ou Marvel n’ont pas leur parc dédié ; certains fans doutent qu’un univers jugé plus masculin puisse faire vivre un site entier sur la durée.
Ce qu’on en dit, des deux côtés
Sur le plateau de TF1 puis dans la foulée de l’annonce présidentielle, la présidente de la région Île-de-France a défendu un projet « du jamais vu depuis Disneyland Paris », capable selon elle de faire de Cergy-Pontoise une véritable destination touristique mondiale, aux côtés de Disneyland (16 millions de visiteurs par an) et du Parc Astérix (2,9 millions).
« Nous n’avons pas fini de surprendre le monde. » Emmanuel Macron — annonce officielle sur X, 24 août 2026
Sur le terrain, l’accueil est plus mitigé. Une habitante de Courdimanche interrogée par France 3 confiait que les riverains avaient plutôt imaginé, pour ce terrain, des projets « plus utiles » comme une maison de retraite. Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou, a de son côté publiquement critiqué le choix politique de privilégier un investisseur saoudien à un acteur français, une sortie relayée notamment par Boulevard Voltaire, qui y voit une bataille symbolique des imaginaires.
Côté fans, les réactions oscillent entre euphorie et scepticisme. Le site américain The Geekiary résume bien le climat : accueil partagé entre l’enthousiasme des amateurs de la licence, le malaise suscité par le financement saoudien, et le doute de certains fans eux-mêmes quant à la capacité d’un parc mono-franchise, même culte, à durer dans le temps.
Et maintenant ?
Interrogé par franceinfo, le spécialiste des équipements touristiques Maxime Guény rappelle qu’un projet de cette taille prend généralement cinq à six ans à sortir de terre, à peu près le temps qu’il a fallu pour construire Disneyland Paris entre 1987 et 1992. Autrement dit : à supposer que tout se déroule sans accroc, un premier coup de pioche n’est pas à attendre avant plusieurs mois, et une ouverture avant 2030-2031 semble peu probable.
De nombreuses zones d’ombre subsistent : répartition exacte des 6 milliards d’euros entre les trois parcs, superficie de chaque site, confirmation juridique définitive de la licence auprès de Toei Animation et Bird Studio, sort des familles actuellement installées sur le terrain, étude d’impact environnemental. Kaijuradio continuera de suivre le dossier de près.
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