Pachi Pachi Project fait venir des artistes japonais en France, distribue un magazine gratuit et vient d’organiser son premier festival à Tokyo. Nous avons reçu sa cofondatrice, Delhia pour Kaiju Radio Podcast. Il était 18h au Japon et 10h en France.
Une passion de fans devenue association
Tout est parti d’un groupe. Delhia et sa cofondatrice étaient fans du même boys band japonais, auquel elles consacraient tout leur temps libre. Quand il s’est arrêté, elles ont voulu garder la communauté qu’elles avaient construite, mais en l’ouvrant à tous les styles de musique japonaise.
Pachi Pachi Project est née en 2022, sous le statut d’association loi 1905. Delhia vit au Japon depuis 9 ans, sa cofondatrice est restée en France. Une petite branche japonaise, formée notamment d’étudiants et de jeunes en visa vacances-travail, aide l’équipe dans ses relations avec les médias, les labels et les managements.
Côté France, l’association invite des artistes dans les conventions, distribue un magazine gratuit sur ses stands et anime un blog. Ils font aussi des lives Instagram et un podcast.
À écouter dans le podcast
Dans cet épisode, Delhia donne aussi ses recommandations d’artistes, des idoles aux groupes de rock, et raconte au passage comment le mouvement lycéen français a été perçu au Japon.
Faire venir un artiste du Japon c’est d’abord une question d’argent
Pour Delhia, la première question d’une agence japonaise est toujours la même “combien ça coûte ?“Dans la plupart des cas, les salons ne prennent pas en charge les billets d’avion des artistes petits et moyens. L’hôtel et les repas peuvent l’être, mais l’avion reste le poste le plus lourd, surtout pour les idoles qui voyagent souvent a plusieurs.
Venir en France n’est pas très rentable, reconnaît-elle. Les idoles s’en sortent un peu mieux grâce à la vente de photos. L’association joue donc la carte de l’image, elle encourage les artistes à ne pas faire une venue isolée, mais à garder le lien avec le public européen après leurs concerts, en réagissant sur les réseaux ou en mettant leur site à jour.
Le choix des artistes est un mélange de coups de cœur et de réalisme. Pachi Pachi Project travaille avec des agences qui lui proposent des artistes ayant le budget pour venir, et répond parfois à la demande d’un organisateur.

Idoles, groupes vocaux et concerts, ce qui change au Japon
L’interview permet de comprendre une distinction qu’on confond souvent. Dans la culture des idoles, tout repose sur le côté mignon et sur le lien avec les fans. Lors des release events, organisés à la sortie d’un single, les concerts sont souvent gratuits, mais il faut acheter un CD pour obtenir une photo avec les artistes. Les groupes vocaux et dansants, eux, tiennent à montrer qu’ils chantent vraiment et dansent en même temps c’est pourquoi beaucoup refusent l’étiquette d’idole. La concurrence est rude, Delhia cite de mémoire, près de 4 000 groupes d’idoles au Japon.
Les concerts eux-mêmes ont leurs codes. Filmer est souvent interdit, même dans de toutes petites salles, pour protéger le droit à l’image des artistes ; une ou deux chansons sont parfois annoncées comme filmables. Côté billetterie, les fan clubs passent en premier, puis vient un tirage au sort ouvert au public, puis le premier arrivé premier servi, épuisé en quelques secondes. Delhia achète parfois ses places six mois à l’avance.
Les prix surprennent, moins de 3 000 yens, soit environ 15 €, dans les petites salles, et jusqu’à 50 ou 70 € dans les plus grandes. Les artistes non japonais, K-pop ou américains, coûtent bien plus cher.

Pachi Pachi Live, une première édition à Tokyo
Le 8 août 2026, l’association a organisé la première édition de Pachi Pachi Live, présentée comme une fête de la musique qui relie le Japon et la France. Selon la presse japonaise, neuf artistes étaient prévus, dont cinq liés à la France, parmi lesquels BATTEN GIRLS (ばってん少女隊), Misaki Iwasa et HAYABUSA. Le concert se tenait dans le bâtiment de l’école ESP Entertainment, à Takadanobaba.
La date n’a rien d’un hasard. En japonais, « pachi pachi » imite le bruit des applaudissements, et sur des plateformes de streaming comme Nico Nico, on applaudit en tapant des « 8 », dont la lecture, « hachi », y ressemble. Le 8/8 s’imposait, d’autant qu’il tombait un week-end.
Le bilan est positif, selon Delhia, environ 300 billets vendus pour une jauge maximale de 600. L’équipe réfléchit à un rendez-vous plus régulier, peut-être trimestriel, pour que les fans français de passage au Japon puissent retrouver les artistes déjà vus en convention.

La J-music en France, un nouveau souffle face à la K-pop
Delhia rappelle qu’au début des années 2000, jusqu’en 2007 environ, la J-music était largement devant la K-pop en France. La K-pop, qui a voulu s’internationaliser très vite, a fini par prendre la place. Depuis quelques années, les fans de J-music semblent vouloir reprendre une revanche, portés par TikTok, qui fait buzzer des groupes, et par quelques tourneurs qui font l’effort de les faire venir.
La France et l’Allemagne ont un atout aux yeux des labels japonais et oui on y achète encore des CD, là où les États-Unis consomment surtout du streaming. Pour entrer dans cet univers, Delhia conseille de commencer par les noms déjà très internationaux, comme ONE OK ROCK ou LiSA, connue pour ses génériques d’animés, puis de creuser vers des artistes plus confidentiels, de l’idole au groupe de rock.
L’association accueille de nouveaux membres, notamment pour le montage vidéo, la traduction et la captation. On peut aussi soutenir l’asso sûr HelloAsso.



