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L’homme qui a fait un Ultraman thaïlandais

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Il a appris le métier sur le tournage de King Kong contre Godzilla, fait combattre Ultraman aux côtés d’un dieu singe thaïlandais, puis passé 25 ans à se battre en justice pour les droits du géant de M78. Le 23 septembre dernier, la collection de Sompote Sands est partie aux enchères à Los Angeles. L’occasion de raconter l’histoire du cinéaste le plus fou d’Asie du Sud-Est.

Du Japon à la Thaïlande

Sompote Saengduenchai, alias Sompote Sands, naît le 24 mai 1941 à Phra Pradaeng, près de Bangkok. Gamin, il est déjà photographe freelance alors qu’il n’est qu’à l’école primaire.

Jeune homme, il part apprendre le cinéma au Japon. Il se retrouve sur le plateau de King Kong contre Godzilla en 1962, au contact de l’équipe d’Eiji Tsuburaya, le futur papa d’Ultraman.

De retour au pays, il fonde Chaiyo Productions, un nom qui signifie « victoire » en thaï. Son studio installé à Bang Pa-in, près d’Ayutthaya, va devenir la fabrique à héros géants de toute l’Asie du Sud-Est.

Quand Ultraman rencontre Hanuman

Dans les années 70, Sompote a une idée géniale, marier les héros japonais au folklore thaïlandais. Il coproduit avec Tsuburaya deux œuvres devenues cultes :

Affiche de Hanuman et les 7 Ultraman

Hanuman et les 7 Ultraman

1974 · Thaïlande × Japon

Sorti au Japon sous le titre « Les 6 frères Ultra contre l’armée des monstres »

Le dieu singe du Ramayana fait équipe avec la famille Ultra contre une armée de monstres. Un crossover improbable, encore célèbre aujourd’hui.

Affiche de Jumborg Ace & Giant

Jumborg Ace & Giant

1974 · Thaïlande × Japon

Affiche thaïlandaise peinte à la main

Le robot géant Jumborg Ace croise la route d’un géant made in Thaïlande. Du kaiju-eiga à la sauce Chaiyo, effets spéciaux artisanaux compris.

Il ne s’arrête pas là. Il récidive avec Hanuman et les 5 Kamen Rider, cette fois sans l’autorisation des Japonais. Il signe aussi des films de monstres maison, Crocodile (1980), devenu un petit classique culte, et Magic Lizard (1985), son tout dernier film.

Sa recette, selon la maison d’enchères, du folklore thaï et des effets spéciaux artisanaux, ce qui lui vaut le surnom de « Spielberg d’Asie du Sud-Est ».

25 ans de guerre pour les droits d’Ultraman

C’est là que l’histoire tourne au feuilleton judiciaire. En 1996, juste après la mort de Noboru Tsuburaya, Sompote se présente chez Tsuburaya Productions avec un contrat daté de 1976. Selon ce document, Chaiyo posséderait les droits internationaux de toutes les séries Ultra, d’Ultra Q jusqu’à Ultraman Taro.

Tsuburaya crie au faux et attaque Sompote en justice au Japon et en Thaïlande dès 1997. Pendant ce temps, Chaiyo lance même ses propres Ultraman maison, sous la bannière « Project Ultraman ».

Le combat dure des années, avec des victoires de chaque côté :

  1. 1996

    Sompote se présente chez Tsuburaya avec un contrat daté de 1976 lui donnant les droits internationaux des séries Ultra, d’Ultra Q à Ultraman Taro.

  2. 1997

    Tsuburaya crie au faux et attaque Sompote en justice au Japon et en Thaïlande.

  3. 2007

    La justice thaïlandaise interdit à Chaiyo d’exploiter ses Ultraman maison, comme Millennium, Dark et Elite.

  4. 2010

    Coup de théâtre : un tribunal de Tokyo condamne Tsuburaya à verser 16,36 millions de yens à Sompote.

  5. 2020

    Fin de partie : la Cour suprême thaïlandaise reconnaît Tsuburaya comme propriétaire légitime des séries, et même des coproductions avec Chaiyo.

Au passage, Sompote a toujours affirmé avoir inspiré le visage d’Ultraman en montrant à Eiji Tsuburaya ses photos du grand Bouddha de Sukhothai. Une version que la justice n’a pas retenue, elle a jugé qu’il n’était pas co-créateur du héros.

Une vie de collection aux enchères

Sompote Sands s’est éteint le 26 août 2021, à 80 ans, emporté par un cancer. Il vivait dans son ancien studio transformé en musée, rempli de plus d’un million d’objets liés à l’univers Ultra.

Le 23 septembre 2026, Julien’s Auctions a mis en vente à Los Angeles plus de 300 pièces de cette collection, sous le nom « Kaiju King ». Costumes de tournage, miniatures de monstres, accessoires, scripts, jouets vintage et artworks originaux, tout y était, avec des estimations allant de 300 à 20 000 dollars.

Parmi les pièces qui ont fait saliver les collectionneurs

Lot · Archives

Le script de King Kong contre Godzilla

Son script japonais de 1962, annoté de sa main, avec une photo du tournage.

Estimation : 2 000 – 3 000 $
Lot · Matériel

La caméra Petri 7 « Green-O-Matic »

Sa caméra 35 mm personnelle, utilisée sur ce même tournage de 1962.

Estimation : 300 – 500 $
Lot · Miniature

L’Ultraman volant

Une miniature volante d’Ultraman qui a servi à la promo de Hanuman et les 7 Ultraman, repeinte à la main pour son musée.

Lot · Affiches

Seize affiches de ses films

Dont Tah Tien, son tout premier film, dédicacé de sa main, mais aussi Jumborg Ace & Giant, Crocodile et Magic Lizard.

Génie, pirate ou les deux ?

Sompote Sands restera un personnage à part dans l’histoire des kaijus. Pour certains, c’est un pionnier qui a offert à la Thaïlande ses propres héros géants. Pour d’autres, c’est l’homme qui a tenté de s’approprier Ultraman. Une chose est sûre sans lui, Hanuman n’aurait jamais distribué de baffes aux côtés de la famille Ultra.

Pour tout savoir sur le géant de M78, (re)lis notre article sur les 60 ans d’Ultraman. Et toi, tu connaissais Sompote Sands ? Viens en parler sur notre Discord, et continue d’écouter Kaiju Radio !

Sources

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